J’étais préoccupée par les feux de cet après-midi… mais j’ai voulu tout de même vous raconter cette histoire…

Une triste histoire… une histoire digne des émissions sensationnalistes américaines du genre Cops… Mais cette fois-ci, j’étais présente, je dirais même plus… j’étais impliquée dans l’histoire plutôt que de la regarder passivement à la télévision.

Nous revenions d’une super fin de semaine à San Francisco. Un peu fatiguée, je suis restée à la maison pour me reposer. La porte-patio menant au balcon était entrouverte pour laisser passer le vent chaud et agréable du mois de septembre. J’entends alors des pneus crisser et des cris à l’extérieur dans le stationnement de notre complexe…

Je sors sur le balcon pour voir… Une femme dans une voiture se fait battre par un homme très violent et le tout devant deux petites filles qui crient « Mommy!! » terrorisées par la violence de la bataille… Je reste figée et Mathieu, en visite à la maison aussi… Des jeunes accourent mais ne font rien. Beaucoup de gens ont entendu les cris, personne n’appelle la police.

Soudainement, la voiture quitte le stationnement avec les deux adultes à bord, laissant les deux petites filles (5 ans et 8 ans que j’ai su plus tard) sur le trottoir en criant « Mommy! » La voiture disparaît… et mon coeur s’est littéralement déchiré en entendant les cris des petites filles…

Rapidement, je descends en bas pour voir si elles ne sont pas blessées… Je leur dis qu’elles peuvent venir chez-moi, qu’on voit le stationnement et qu’on verra lorsque maman reviendra… Mais elles étaient tellement effrayées, les pupilles dilatées, en état de choc… Je cours au bureau de gestion du complexe pour demander d’ouvrir l’appartement pour qu’à tout le moins les petites puissent être dans leur maison… On me dit d’appeler la police, qu’ils ne peuvent pas ouvrir à des enfants…

C’est donc ce que j’ai fait… sans réfléchir. J’aurais peut-être dû… Lorsque je reviens vers notre immeuble, la mère est là avec ses enfants, les yeux pleins d’eau, échevelée et couverte de bleus sur les bras. Je lui dit que j’ai téléphoné à la police… Sur le fait, la police arrive et la mère avec les deux filles se rendent au bureau de gestion du complexe avec la police. Inquiète, j’attends que la police quitte avant d’aller faire l’épicerie, craignant que la police veuille me parler. Mais la mère a décidé de ne pas porter plainte… Je lui dit que si elle a besoin de quelque chose, elle peut toujours venir cogner à mon appartement.

Je reviens de l’épicerie avec Véronique et Charles… La mère est là… Elle me demande si elle peut téléphoner. Elle entre avec ses deux puces. Je sers du jus et des biscuits aux enfants qui devaient avoir faim car il était passé 6 heures. Très tranquilles, elles s’assoient et dessinent sur la table à manger. La mère tente de joindre son père pour lui demander de l’argent pour faire venir un serrurier. Parce que la gérante du complexe a refusé d’ouvrir la porte de l’appartement à la mère… le bail n’est pas à son nom mais à celui de son mari, celui qui l’a frappé. Elle ne peut donc pas entrer chez elle.

Elle reste une heure et demi à la maison, en espérant pouvoir rentrer chez-elle. Comme nous allions manger, elle se sentait de trop… Elle quitte donc l’appartement avec mon téléphone pour appeler le serrurier. Soudainement, on entend tous une course dans les escaliers… Et la mère entre en flèche dans la maison, suivie par la petite de 8 ans; pourchassées par l’homme… grand, costaud… Il entre dans l’appartement en furie et crie « Get out of my house! » J’étais terrorisée… mais la petite de 5 ans était encore en bas. La mère en larmes criait d’aller la chercher… Charles voulait y aller mais j’avais peur que le gars prenne ça comme une menace… je voulais y aller mais Charles me retenait… Finalement, la petite monte tranquillement, à la limite nonchalamment jusqu’à l’appartement.

La mère appelle la police… Elle décide de porter plainte. Et l’homme quitte le stationnement dans un crissement de pneus sachant que la police s’en venait… Elle arrive rapidement la police. Prend la déposition de la mère, de la jeune fille de 8 ans qui comprenait trop bien ce qui se passait et de moi. Après tout ça, il était 10h. Les filles tombaient de sommeil mais je ne pouvais pas les héberger… et j’avais très peur que l’homme revienne.

Toute cette histoire pour dire qu’hier la police a quitté alors que deux enfants étaient dans la rue avec leur mère, battue… Le système américain ne les aidera pas… Pas de refuge, pas de centre de crise, surtout pas de DPJ… J’imagine que la situation n’était pas si urgente… J’étais vraiment sous le choc quand j’ai compris que la police allait laisser cette femme et ses enfants dans la rue sans aide alors que l’homme pourrait revenir et… j’aimais autant ne pas y penser.

Ce qui m’amène à penser que malgré tout ce que les gens peuvent en dire, dans des situations du genre, ces organismes font LA différence dans la vie de ces enfants, ne serait-ce que pour une nuit…

Hier, je leur ai ouvert l’immeuble où se trouve le gym, la buanderie et la salle de jeu… en espérant que les petites pourront dormir un peu sur le tapis de la salle de jeu. Je n’ai aucune nouvelles d’eux aujourd’hui… J’espère que les enfants vont bien.

MISE À JOUR 23 septembre 2009: Ce matin, le député shériff du comté de Ventura est venu nous voir… Il m’a donné son numéro direct dans sa voiture. Il nous a dit que le gars est recherché pour d’autres crimes, que ce n’est pas un enfant de coeur et qu’il en a fait assez pour retourner en dedans pour un bon bout. Le député shériff  (deuxième après le shériff) nous a avisé aussi de téléphoner si jamais on voit le gars dans le coin car il est dangereux. Il est toujours recherché par la police et elle espère bien mettre la main dessus rapidement. Toujours pas de nouvelles des enfants…